Lutter contre le changement climatique par le biais des droits de l’homme liés à l’habitat et le Droit à la Ville

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Nous, les mouvements sociaux, la société civile et les organisations de gouvernements locaux, unissons nos forces pour persuader les délégués à la COP25 d’atteindre et d’appliquer enfin leurs engagements à s’attaquer aux causes et aux conséquences du changement climatique, en finançant et en mettant en œuvre des politiques qui placent les gens au centre et embrassent les droits humains liés à l’habitat et le droit à la ville, en visant un avenir sans émissions et sans aucune expulsion forcée dès maintenant. Nous nous engageons à mettre en œuvre cette approche alternative qui résiste au modèle néolibéral dominant.

Face à l’immobilisme des pouvoirs publics, la société civile a donné un nouvel élan aux mobilisations en faveur de la justice climatique dans le monde, cette fois sous l’impulsion des jeunes. Ce mouvement nous rappelle non seulement qu’une action immédiate est nécessaire, mais aussi que les réponses à cette situation ne peuvent être envisagées sans la participation et le leadership de la société civile.

Nous sommes très préoccupés par la récente décision de transférer la COP25 de Santiago (Chili) à Madrid (Espagne), sans modifier les dates initiales. Ce changement a mis à rude épreuve la participation de la société civile, tout en renforçant la tendance à la concentration de tels événements internationaux dans le Nord au détriment de la mobilisation mondiale pour l’égalité et la justice. Nous exprimons notre solidarité avec les Chiliens et Chilennes qui ont déployé beaucoup d’efforts pour faire entendre leur voix à la COP25 à Santiago et appelons à soutenir et à participer au Sommet des peuples[1] et au Sommet social pour l’action climatique[2] tant à Santiago qu’à Madrid[3].

 

L’approche des droits de l’homme liés à l’habitat et le droit à la ville

Toute stratégie ou tout programme conçu pour lutter contre le changement climatique doit tenir compte des normes internationales relatives aux droits de l’homme, reconnaître l’indivisibilité de ces droits et mettre l’accent sur les populations les plus vulnérables du monde. Cette approche intégrée est essentielle pour s’attaquer aux causes structurelles de la crise climatique, ainsi qu’à la responsabilité des violations, en prenant des mesures préventives et correctives pour faire en sorte que les communautés urbaines et rurales atteignent leur bien-être dans le respect et la protection des écosystèmes où elles vivent. Pour cela, il est urgent de changer le modèle économique néolibéral actuel basé sur la spéculation immobilière, l’extractivisme et les combustibles fossiles, en s’éloignant de la focalisation actuelle sur la production et la consommation non durables et en cherchant un équilibre avec les écosystèmes naturels; rendre visibles, réglementer et contrôler strictement les industries et pratiques polluantes; ouvrir un dialogue avec les syndicats et le mouvement de décroissance et promouvoir une justice environnementale. En outre, il est urgent de renforcer les processus de recherche, en contribuant à générer des connaissances coproduites qui rassemblent des perspectives scientifiques et populaires pour la création d’alternatives écologiques constructives qui peuvent être mises en œuvre dans les villes et les zones rurales.

L’approche du droit à la ville[4]  a beaucoup à offrir dans ce domaine, en raison de son engagement en faveur d’un paradigme économique et urbain axé sur la justice, l’inclusion et la diversité. En tenant compte de tous les habitants et d’une approche territoriale équilibrée qui redistribue les avantages et les possibilités, le droit à la ville renforce les liens entre les zones urbaines et rurales et favorise des modèles économiques plus durables et inclusifs, en plaçant toujours la participation communautaire au centre des préoccupations. En outre, le droit à la ville peut fournir un cadre commun pour d’autres agendas mondiaux, tels que les Objectifs du Développement Durable et le Nouvel Agenda Urbain, en articulant ses différents éléments et en fournissant des stratégies concrètes pour leur mise en œuvre territoriale, avec un accent particulier sur la lutte contre l’exclusion sociale et spatiale.

Gestion démocratique des biens communs et des stratégies de lutte contre le changement climatique

Une approche fondée sur les droits de l’homme, l’égalité des sexes et l’intersectionnalité est essentielle pour répondre de manière adéquate au changement climatique et protéger les personnes les plus vulnérables. A cette fin, la mise en place d’une protection et d’une réglementation adéquates dans les territoires fondés sur le bien commun est essentielle pour promouvoir la gestion démocratique des ressources, des villes et des terres. Il est essentiel que les habitants participent effectivement à tous les processus de planification, y compris ceux visant à atténuer les effets du changement climatique. Il est fondamental de donner la priorité aux pratiques et aux politiques qui garantissent le droit humain à l’eau, sa protection et sa répartition équitable en qualité et en quantité, ainsi que le fonctionnement des écosystèmes.

La fonction sociale de la terre, de la ville et de la propriété

La fonction sociale de toute chose est son utilisation au profit de la société dans son ensemble, en donnant la priorité à ceux qui en ont le plus besoin. Ainsi, la fonction sociale de la terre, de la ville et de la propriété dans le développement des établissements humains est essentielle pour garantir une répartition plus équitable des avantages de tout système économique, ainsi qu’une approche plus équilibrée et durable du développement urbain et rural. Protéger la fonction sociale de la terre, de la ville et de la propriété implique de garantir les droits de l’homme liés à l’habitat des citadins pauvres en leur assurant la sécurité d’occupation et un logement adéquat, des services de base, des infrastructures et des équipements dans tous les types d’habitat, tant formel qu’informel.

La restauration de l’environnement au profit de l’ensemble de la société, en donnant la priorité à ceux qui en ont le plus besoin, est une obligation pour les États et une occasion pour les communautés locales de créer des emplois durables et de prendre soin de l’environnement dans lequel ils vivent.

Participation politique

Nous demandons instamment la participation effective (avec voix et vote) des communautés locales à toutes les stratégies et politiques d’atténuation et d’adaptation pour améliorer leur efficacité et récupérer les connaissances, technologies et discours ancestraux et locaux dans le cadre du processus de production sociale de l’habitat. Cette participation doit accorder une attention particulière aux propositions émanant des besoins des femmes, des migrants, des personnes handicapées, des enfants, des jeunes et des pauvres. L’édification de sociétés résilientes au climat commence par la compréhension des défis auxquels sont confrontées les communautés vulnérables et par une réponse vigoureuse à ces défis.

Équité, non-discrimination et protection spéciale dans les situations de vulnerabilité

Il est crucial de cibler les inégalités sociales, de genre, économiques et territoriales. Nous devons faire face à des politiques autoritaires et néocoloniales et soutenir des stratégies participatives et inclusives, telles que le transfert Nord-Sud et Sud-Sud d’investissements, de connaissances et de technologies; assurer l’égalité des droits des femmes en matière de propriété foncière et de logement; et reconnaître et encourager les liens ruraux et urbains. En outre, face aux migrations dues à des catastrophes naturelles et à d’autres événements liés au climat, il est également urgent d’adopter une approche de citoyenneté inclusive dans laquelle tous les habitants sont considérés comme des citoyens et bénéficient de droits égaux.

Les communautés, de manière organisée et protagoniste, devraient être en mesure d’améliorer leurs propres logements, services, espaces publics et espaces communautaires par la mise en œuvre de systèmes constructifs qui utilisent des matériaux naturels locaux et des techniques de construction traditionnelles et durables[5]. Cela doit être fait afin de récupérer les identités culturelles et doit être exécuté tout en réduisant drastiquement les émissions de CO2 et l’impact environnemental global.

Une approche participative sous la direction des communautés devrait également être adoptée pour faire face aux pertes et aux dommages, éviter les expulsions forcées et reloger, comme dernière ressource, les communautés affectées par les conséquences du changement climatique telles que les sécheresses, les inondations, les glissements de terre et la montée du niveau de la mer, tout en respectant les normes relatives aux droits humains (logement, services essentiels, droits des travailleurs, etc.).

Une stratégie participative et inclusive de lutte contre le changement climatique ne laisse aucune place à la criminalisation ou à la persécution des défenseurs de l’environnement et des droits humains. Nous sommes solidaires de tous ceux qui luttent pour protéger et défendre leurs communautés et notre planète.

Des économies inclusives et solidaires

Le changement climatique est la conséquence d’un modèle de production et de consommation qui a accentué les inégalités sociales et spatiales, mis en danger et détruit nos écosystèmes et exclu beaucoup de personnes sur les plans économique et social. En outre, certaines mesures de politique climatique ont exclu les populations à faible revenu et sont instrumentalisées aux fins du développement des infrastructures ou de l’industrie touristique. Il est vital de reconnaître et de soutenir d’autres conceptualisations et pratiques de production, de consommation, de travail, de construction et de vie qui se matérialisent déjà dans le monde, telles que les économies solidaires, la production sociale d e l’habitat et les programmes de travail coopératif.

La souveraineté alimentaire et le droit à l’alimentation devraient être promus pour faire face aux scénarios climatiques, dans lesquels les capacités de la population sont renforcées par des pratiques agro-écologiques comme alternatives permettant une production et une consommation d’aliments résistantes au climat. Nous devons également reconnaître et soutenir le secteur informel, comme les initiatives de recyclage avec les recycleurs informels, dont la contribution doit être reconnue. Il est également essentiel pour le sauvetage et la préservation des espèces autochtones que les pratiques et les valeurs ancestrales soient maintenues dans la fourniture d’aliments nutritifs et sains aux familles, en fonction des propriétés et des particularités de chaque territoire et selon un système de circulation équitable.

Nous lançons un appel urgent aux délégués de la COP25 pour qu’ils placent les personnes et la planète au centre des agendas mondiaux et pour qu’ils adoptent, financent et mettent en œuvre des politiques cohérentes de lutte contre le changement climatique en faveur des droits humains liés à l’habitat et du Droit à la Ville.

Pour le droit de tous les peuples à un lieu sûr où ils puissent vivre en paix, dans la dignité et en harmonie avec la nature, pour les générations actuelles et futures

 

 

 

 

[1] Sommet des peuples. Voir: https://cumbredelospueblos2019.org/

[2] Sommet social pour l’action climatique. Voir: https://www.porlaaccionclimatica.cl/

[3] Ecologistes en Action. See: https://www.ecologistasenaccion.org/131342/movilizacion-sin-precedentes-frente-a-la-cop25/

[4] Le droit à la ville est le droit de tous les habitants, présents et futurs, permanents et temporaires, d’habiter, d’utiliser, d’occuper, de produire, de gouverner et de disposer de villes, villages et établissements humains justes, inclusifs, sûrs et durables, définis comme des biens essentiels à une vie pleine et décente. Vous pouvez lire plus su le Droit á la Ville ici: https://www.right2city.org/fr/le-droit-a-la-ville/

[5] En ce sens, nous soutenons la campagne et la déclaration sur l’utilisation des matériaux naturels locaux du point de vue de la réduction du CO2, entre autres, produites par les organisations membres de la HIC d’Amérique latine. Cette campagne insiste sur la visualisation des bénéfices de ces materiaux et sur la nécessité de soutenir les initiatives qui les utilisent au lieu de les entraver et de les criminaliser.

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